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Lettres de
gratitude

La Banque de tissus du Manitoba travaille dans l'ombre afin de faciliter la vie des receveurs
Kimberly Dodds et Christopher Snow, à la Banque de tissus du Manitoba, montrent des allogreffes osseuses emballées.
Par Susie Strachan Photo : Marianne Helm Sept./Oct. 2017
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La lettre qui dit tout.

« Un simple merci ne saurait exprimer toute ma gratitude envers vous », dit la lettre. « Je peux profiter de la vie sans avoir de douleurs et sans craindre de perdre l'usage de mes bras et de mes jambes. »

Cette lettre a été écrite par un survivant d'un accident de voiture; elle est adressée à la famille d'un Manitobain qui a fait un don de tissus osseux. Ces tissus ont servi à remplacer des disques endommagés entre les vertèbres cervicales de l'accidenté.

Et ce n'est qu'une lettre parmi tant d'autres qui sont rangées dans un dossier bleu placé en évidence sur le bureau de Christopher Snow, directeur de la Banque de tissus du Manitoba.

Le travail de la banque de tissus - l'une des trois organisations, avec la banque d'yeux du Misericordia et Transplant Manitoba, qui recueillent les organes et tissus humains pour transplantation - se fait généralement dans l'anonymat, explique M. Snow. En effet, bien des Manitobains n'ont peut-être jamais entendu parler de cet organisme.

« Mais ces lettres que nous recevons nous font tellement chaud au cœur et réconfortent aussi les familles des donneurs et des receveurs. »

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Les sentiments exprimés dans ces lettres se ressemblent beaucoup : des receveurs reconnaissants écrivent à la famille du donneur pour la remercier de ce merveilleux cadeau qui leur permet de vivre en santé. Certains ont survécu à des accidents de la route, à des brûlures ou au déchirement de ligaments, et d'autres avaient besoin d'une chirurgie d'un disque entre des vertèbres cervicales ou dorsales. Certains receveurs envoient un poème, et d'autres y glissent un dessin de fleurs et d'oiseaux.

Les lettres des familles de donneurs aux receveurs sont aussi émouvantes.

« Je suis totalement en faveur des dons de tissus, même s'il s'agit de circonstances éprouvantes; c'est très stressant et bouleversant quand on doit prendre cette décision. Je suis si heureux que notre décision ait changé votre vie pour le mieux », peut-on lire dans l'un de ces témoignages.

Un autre patient greffé remercie le personnel de la banque de tissus pour son écoute quand est venu le moment fatidique où une famille a perdu un proche.

« Pour la plupart, cela aide de savoir que leur être aimé vit dans une autre personne », explique M. Snow.

Tissue Bank Manitoba team members
Membres de l'équipe de la Banque de tissus du Manitoba,
de gauche à droite : Christopher Snow, Hubert Clouatre,
Maureen Hizon, Debbie Beniac, Kimberly Dodds et
Shifa Hassaun.

La banque de tissus se concentre principalement sur les allogreffes - os, ligaments, cartilages, tendons ou sections de peau, qui sont conditionnées avant d'être greffées à une autre personne.

Depuis sa création en 2003, la banque de tissus a enregistré une croissance soutenue du nombre d'allogreffes effectuées au Manitoba, partant de quelques centaines à ses débuts pour atteindre 1500 allogreffes en 2016.

L'an dernier, 43 personnes ont donné de leurs tissus, et ces dons ont aidé des milliers de gens puisqu'un seul donneur peut changer la vie d'au moins 100 personnes.

Pour chaque donneur, on procède à des tests rigoureux, dans le plus grand respect de sa dignité, explique Mme Kimberly Dodds, directrice de l'assurance de la qualité et des affaires réglementaires à la Banque de tissus du Manitoba.

Contrairement aux organes qui doivent être transplantés le plus vite possible chez une autre personne et avec un minimum de manipulations (ou aucune), les tissus humains doivent être nettoyés, façonnés et préparés de diverses façons pour la greffe, en conformité avec les exigences réglementaires rigoureuses du gouvernement fédéral et les normes établies pour les banques de tissus.

« Une fois qu'on est certain que le donneur satisfait aux critères médicaux, on recueille les tissus et on les envoie à un centre spécialisé dans leur conditionnement aux États-Unis. Notre banque utilise les services de la Musculoskeletal Transplant Foundation (MTF) et de Lattice Biologics. Les informations sur chaque donneur sont soigneusement documentées et repérables, donc le chirurgien qui fera la greffe peut savoir la provenance des tissus. »

A package of bone allografts ready for transplantation
Un greffon osseux dans son emballage,
prêt pour la transplantation.

Ces deux compagnies conditionnent les tissus et retournent celles dont on a besoin ici pour des allogreffes. Selon le type de traitement subi, les allogreffes peuvent être congelées ou cryodesséchées avant le transport, puis une fois rendues ici, elles sont stockées dans des conditions de température contrôlée pendant une période pouvant aller jusqu'à cinq ans. Parmi les allogreffes fournies par la banque de tissus, mentionnons les tissus osseux pour des chirurgies spinales et orthopédiques, les tendons pour une chirurgie de reconstruction, la peau pour les brûlures et la reconstruction mammaire, les nerfs pour la chirurgie plastique, et les valvules cardiaques pour les chirurgies du cœur.

Les chirurgiens de la Clinique Pan Am sont d'importants utilisateurs d'allogreffes de tendons, surtout pour les personnes souffrant de blessures sportives. « Ils s'en servent par exemple pour réparer des déchirures du ligament croisé antérieur du genou, explique M. Snow. Le chirurgien peut décider de prendre un autre tendon chez le patient, mais il est plus facile d'utiliser une allogreffe car le patient n'aura qu'un site chirurgical à guérir plutôt que deux. »

Chez les patients brûlés, l'allogreffe est faite d'une couche de peau au niveau du derme, qui a été déconstruite au point où elle ressemble à une matrice (ou treillis) appelée greffon dermique acellulaire, moins susceptible d'être rejetée par le système immunitaire du receveur.

« Ce type de greffon ou matrice est utilisé pour guérir des blessures ou réparer des hernies ou d'autres parties du corps, précise M. Snow. L'organisme peut former de nouveaux vaisseaux sanguins à travers cette matrice stérile et y déposer ses propres cellules, ce qui permet de fabriquer ses propres tissus pour remplacer l'allogreffe. On évite ainsi les pertes de liquides, ce qui est vital dans les jours suivant la brûlure. »

La Banque de tissus du Manitoba est la seule banque du Canada qui recueille des allogreffes devant servir de matrice dermique acellulaire, selon M. Snow. L'allogreffe utilisée le plus couramment est faite d'os broyé; elle peut être façonnée et servir de matériau de comblement. Par exemple, un chirurgien peut l'utiliser pour remplacer un disque de la colonne vertébrale, ou un neurochirurgien peut s'en servir pour combler des espaces après une chirurgie crânienne. D'ailleurs, les tissus prélevés chez des Manitobains ont été utilisés dans 28 pays de la planète.

Susie Strachan est conseillère en communications à l'Office régional de la santé de Winnipeg.