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Photo of Dr. Kristen Pederson and Lilanie CruzArticle vedette
Innovateurs en action
Comment un médecin de Winnipeg et un groupe de donateurs
locaux ont fait équipe pour aider à réduire le risque
d'insuffisance rénale aiguë chez les enfants hospitalisés
La Dre Kristen Pederson (à gauche) a participé à l'élaboration du programme SPOT AKI avec Mme Lilanie Cruz.
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Par Susie Strachan
Photographie par Marianne Helm
Mars/Avril 2019

En tant que pédonéphrologue, la Dre Kristen Pederson comprend l'importance de la sécurité du patient, surtout lorsqu'il est question de soigner des enfants.

Ainsi, après avoir assisté à une présentation proposée par un médecin des États-Unis portant sur un programme qui améliore les soins en réduisant le risque de lésion rénale chez les enfants hospitalisés, elle a été convaincue.

« Je me suis dit que nous pourrions faire la même chose à l'Hôpital pour enfants », raconte-t-elle.

La Dre Pederson est alors retournée à Winnipeg, déterminée à lancer un programme semblable à celui mis en œuvre par le docteur Stu Goldstein au Cincinnati children's Hospital Medical Centre, intitulé Nephrotoxic Injury Negated by Just-in-time Action (NINJA).

L'idée était relativement simple.

Les enfants atteints de maladies graves comme des infections sanguines ou urinaires sont souvent traités avec différents médicaments, dont des antibiotiques et des analgésiques. Des doses individuelles de ces médicaments sont généralement sécuritaires. Mais l'administration d'un mélange de ces médicaments sur une certaine période de temps peut accroître le risque de lésion rénale. En faisant en sorte que la pharmacie de l'hôpital contrôle les médicaments qui sont administrés aux enfants et la durée du traitement, il est possible d'identifier les enfants à risque et d'informer l'équipe soignante du danger potentiel.

« Un seul petit problème se posait », explique la Dre Pederson.

Photo of Dr. Shyamala Dakshinamurti
La Dre Shyamala Dakshinamurti fait le point sur un projet financé par les Innovateurs l'an dernier.

« Lorsque je suis revenue de la conférence et que j'ai entamé une discussion avec l'équipe de pharmaciens de l'Hôpital pour enfants, je me suis rendue compte que personne n'avait le temps d'élaborer un programme. » Néanmoins, elle s'est dite déterminée à appliquer le concept.

La Dre Pederson a poursuivi la discussion avec un autre groupe de l'hôpital chargé du programme de gestion des antimicrobiens. Un projet pilote avait été mis sur pied, mais il n'y avait pas de financement récurrent. Ensemble, ils ont commencé à chercher une nouvelle source de financement.

C'est à ce moment-là que l'histoire a pris une tournure inattendue.

À peu près au même moment que la Dre Pederson et ses collègues étaient à la recherche de financement pour le programme de surveillance de la fonction rénale, un autre groupe de la Fondation de l'Hôpital pour enfants cherchait des idées pour financer des projets visant à améliorer les soins destinés aux enfants.

Ce groupe était dirigé par Mme Carmyn Aleshka, membre du conseil d'administration de la Fondation de l'Hôpital pour enfants, et il comptait Mme Nicole LaTourelle, qui était à l'époque agente des dons majeurs de la Fondation.

Mme Aleshka avait eu connaissance d'un programme visant à financer divers projets du Hospital for Sick Kids à Toronto, inspiré d'une émission de télévision, Dragons' Den, qui invite des personnes qui aspirent à devenir entrepreneur à faire une présentation devant un groupe d'investisseurs en capital de risque pour tenter d'obtenir un investissement pour leur entreprise.

Selon Mme Aleshka, le concept était attrayant et susceptible de susciter la participation.

« Les Winnipégois et les Winnipégoises sont des gens passionnés à la recherche de façons uniques de rendre à la société ce qu'ils en ont reçu », affirme-t-elle. « Il y a beaucoup de gens qui ont des idées formidables. Tout ce qu'il leur faut c'est une plateforme pour les partager ».

Après avoir été modifié quelque peu, le programme a été lancé en 2017 sous le titre « Innovateurs ». Dans le cadre de ce programme, un groupe de personnes s'engage à faire don à un projet d'une somme d'argent déterminée. Des fournisseurs de soins de santé et des chercheurs sont ensuite invités à présenter leurs propositions de projets devant le groupe. À la suite du processus d'évaluation, les Innovateurs choisissent l'heureux bénéficiaire du financement.

Au cours de la première année, Mmes Aleshka et LaTourelle ont réussi à recruter 10 donateurs, dont la plupart était de jeunes professionnels et gens d'affaires, qui se sont engagés à verser 3 000 $ chacun pour deux ans, pour un total de 60 000 $.

Des chercheurs et des cliniciens de l'Hôpital pour enfants et du children's Hospital Research Institute of Manitoba ont été invités à faire une présentation aux donateurs et à leur faire visiter leurs bureaux et laboratoires.

« Ce qui plaît aux donateurs, c'est la possibilité d'entrer dans les détails des projets », explique Mme LaTourelle, ajoutant que le processus d'évaluation peut prendre plusieurs mois.

La Dre Pederson raconte qu'elle a demandé au Dr Aaron Chui, pédiatre, de participer au projet. « Il a préparé une présentation PowerPoint et il a exposé le projet aux Innovateurs », explique-t-elle.

La proposition a recueilli la faveur des Innovateurs et le projet s'est vu octroyer 30 000 $.

Le financement étant assuré, la Dre Pederson et ses collègues ont commencé à élaborer le programme de surveillance de la fonction rénale, connu aujourd'hui sous le nom de SPOT AKI (Surveillance of Patients On nephroToxic medications for Acute Kidney Injury).

Photo of Dr. Melanie Morris
La Dre Melanie Morris présente une proposition visant à améliorer la sécurité culturelle des familles autochtones à l'Hôpital pour enfants en collaboration avec des aînés autochtones, à l'occasion d'une réunion des Innovateurs. Le projet est maintenant financé par la Fondation de l'Hôpital pour enfants du Manitoba.

Ils ont commencé par affecter la pharmacienne Lilanie Cruz au projet en 2018.

À partir de listes de médicaments néphrotoxiques utilisés par le programme NINJA à l'hôpital pour enfants de Cincinnati et par une douzaine de centres pédiatriques partout aux États-Unis, Mme Cruz a dressé une liste de 50 médicaments pouvant entraîner des lésions rénales et elle a mis au point des outils de dépistage et de surveillance qui ont été mis en œuvre en mai de la même année.

La pharmacie de l'Hôpital pour enfants a commencé la surveillance des patients pédiatriques dans les services de médecine générale et de chirurgie et, plus récemment, dans les unités de soins intensifs, en utilisant leur dossier médical électronique qui comprend la liste des médicaments qui leur sont prescrits.

« Tous les matins, la pharmacie identifie les patients qui prennent des médicaments considérés comme néphrotoxiques [nocifs pour les reins] et les associations de médicaments qui les exposent à un risque plus élevé de lésion rénale », explique Mme Cruz, soulignant que le programme SPOT AKI relève maintenant du programme régulier de pharmacie de l'Hôpital pour enfants.

Une fois que les patients ont été identifiés, l'étape de surveillance du programme débute. Les équipes soignantes surveillent la fonction rénale pendant cinq jours ou pour la durée de la prise d'un médicament donné par le patient.

Photo of Carmyn Aleshka and Nicole LaTourelle
Mmes Carmyn Aleshka (à gauche) et Nicole LaTourelle ont collaboré à la création du programme Innovateurs.

Des analyses de sang sont déjà réalisées pour la plupart des enfants hospitalisés, et nous contrôlons les taux de créatinine qu'elles fournissent », explique Mme Cruz, ajoutant qu'il s'agit d'un bon moyen d'évaluer la fonction rénale.

Sur le plan historique, les lésions rénales aiguës étaient considérées comme « passagères », c'est-à-dire qu'un enfant qui subissait une lésion finirait par se rétablir. Selon la Dre  Pederson, les spécialistes n'en sont plus certains. « Il y a de plus en plus de données dans les ouvrages spécialisées indiquant qu'il y a un risque de dysfonctionnement rénal à long terme pour les patients ayant souffert d'une lésion rénale aiguë ».

La Dre Pederson explique que le programme permet d'identifier environ 40 enfants par mois qui sont potentiellement à risque d'une lésion rénale aiguë. Sont souvent inclus ceux qui reçoivent des antibiotiques comme la vancomycine ou des médicaments utilisés dans le traitement du cancer. Selon la Dre Pederson, parmi les enfants identifiés, environ deux ou trois éprouveront un problème nécessitant une surveillance.

Le risque de lésions rénales dues à un médicament met en évidence les défis qui se posent dans le traitement des enfants malades.

« Si une infection n'est pas traitée efficacement, de nombreux problèmes en découleront », explique la Dre  Pederson. « Tout est question d'équilibre : Le traitement est-il approprié compte tenu des circonstances ou y a-t-il autre chose qui pourrait être prescrit? »

Bien qu'elle ne puisse pas fournir de chiffres faisant état du nombre d'enfants ayant subit une lésion rénale aiguë avant la mise sur pied du programme SPOT AKI, la Dre Pederson réaffirme que le but du programme est de changer le comportement des équipes soignantes de l'hôpital.

« Nous constatons qu'il y a des changements. Les équipes soignantes ne prescrivent plus ces médicaments aux enfants dès le départ ou elles ne prescrivent plus d'associations de médicaments de manière à réduire le risque », explique-t-elle. « Elles sont beaucoup plus conscientes de ce qu'elles font ».

Des trousses d'information ont aussi été préparés dans le cadre du programme SPOT AKI à l'intention des familles des patients pour les informer de problèmes possibles après le congé de l'hôpital.

La Dre Pederson est reconnaissante aux Innovateurs pour l'aide qu'ils lui ont apportée.

« Nous n'aurions pas réussi sans les Innovateurs », affirme-t-elle.

Les Innovateurs ont reçu 10 demandes au cours de la première année du programme. Ce nombre est passé à 15 l'an dernier lorsque le projet de la Dre Shyamala Dakshinamurti visant le traitement de nouveau-nés atteint de la maladie bleue - le syndrome de détresse respiratoire aiguë à la naissance - a remporté le concours.

Selon Mme LaTourelle, la recherche de projets à soutenir se poursuit cette année, les demandeurs sollicitant des fonds pour différents types de projets.

« C'est une excellente façon pour les gens de s'investir davantage dans le financement des soins de santé », soutient-elle.

Susie Strachan est une spécialiste des communications auprès de l'Office régional de la santé de Winnipeg.

Pour en savoir plus sur le programme Innovateurs, cliquez ici.