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Grâce à un nouveau programme, les médecins
de famille assurent un meilleur accès aux
soins de santé mentale
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Par Susie Strachan
Mars/Avril 2019

La jeune femme assise dans le cabinet du Dr Sheldon Permack avait de toute évidence besoin de soins spécialisés.

Elle souffrait de dépression, entendait des voix et s'était déjà rendue à plusieurs reprises à l'urgence de l'hôpital local.

Habituellement, un médecin de famille comme Dr Permack recommanderait à une patiente ou à un patient présentant ce type de symptômes de consulter un psychologue, un conseiller, voire un psychiatre, une démarche qui pourrait retarder les soins.

Dans ce cas, cependant, Dr Permack a pu veiller à ce que la jeune femme reçoive immédiatement les soins dont elle avait besoin à son propre cabinet de médecine familiale, grâce à un programme peu connu appelé Soins de santé mentale partagés.

Lancé en 2003, ce programme aide à placer des professionnels de la santé mentale dans les cabinets de médecins de première ligne de la ville, habituellement d'un à cinq jours par semaine. Ainsi, un psychiatre ou un conseiller peut voir le patient ou la patiente d'un médecin lorsqu'il se trouve à son cabinet.

Environ 12 psychiatres et 20 conseillers participent au programme. Ils travaillent dans 26 centres de soins primaires de la ville, dont des cabinets de médecine familiale et leurs équipes selon une formule de rémunération à l'acte et des médecins, des adjoints aux médecins et des infirmiers ou infirmières praticiennes travaillent aux centres Accès et aux centres de santé communautaires de l'Office régional de la santé de Winnipeg.

Selon Dr Permack, le programme facilite les soins aux patients comme cette jeune femme atteinte de dépression et atténue les préjugés qui accompagnent souvent la recherche d'un diagnostic et d'un traitement des personnes qui éprouvent des problèmes de santé mentale.

« La possibilité de prendre soin d'elle ici et de lui faire rencontrer la psychiatre et la conseillère nous permet de mieux l'appuyer tout au long de sa démarche. Même si elle vit des difficultés en raison de problèmes de santé mentale chroniques et graves qui ne sont pas faciles à traiter, l'équipe de santé mentale du cabinet peut lui offrir des thérapies par la parole et les médicaments nécessaires, au besoin. Nous pouvons le faire ici même, lui éviter les services d'urgence et une hospitalisation et ses conséquences connexes », dit-il.

Dr Permack a été l'un des premiers médecins en pratique privée à accueillir une conseillère en soins de santé mentale partagés, après le lancement du programme. En plus de meilleurs soins pour ses patients, le programme lui donne la possibilité de développer sa propre capacité de traiter l'ensemble du spectre des problèmes de santé mentale en médecine familiale et d'améliorer ses compétences en ce qui concerne la thérapie cognitivo-comportementale, l'établissement des diagnostics et des ordonnances pertinentes.

« À l'époque, l'approche de l'intégration de services de santé mentale dans un cabinet de médecine familiale paraissait radicale », dit Dr Permack, également directeur médical du Programme de prestation intégrée des soins de santé primaires de l'Office régional de la santé de Winnipeg.

« De très, très nombreuses personnes atteintes de problèmes de santé mentale - dépression, anxiété, toxicomanie - se présentent d'abord en médecine familiale. En travaillant ainsi avec une psychiatre et une conseillère et en offrant une équipe interprofessionnelle, je peux offrir de bien meilleurs soins à mes patients », explique Dr Permack.

Selon Jaik Josephson, directeur des soins de santé mentale partagés, le programme aide à améliorer l'accès aux soins aux nombreuses personnes qui en ont besoin.

« Nous savons que les gens éprouvent des difficultés lorsqu'ils veulent obtenir des soins en santé mentale, dit M. Josephson. La majorité des Canadiennes et des Canadiens vivent des difficultés, mais ne voient en réalité jamais de spécialistes en santé dans ce domaine. Au lieu de cela, la plupart parlent à leur fournisseur de soins primaires de leurs problèmes de santé mentale. »

Photo of Jaik Josephson and Dr. Randy Goossen
Selon Jaik Josephson (gauche) et Dr Randy Goossen, le Programme des soins de santé mentale partagés a aidé à améliorer l'accès aux soins pour les personnes qui en ont besoin.

Parler à son médecin de famille de santé mentale peut donner de bons comme de piètres résultats, selon sa connaissance des thérapies offertes et des endroits où un patient peut recevoir des traitements. Le programme de soins de santé mentale partagés améliore ces connaissances.

« Il peut sembler accablant pour les patients et les fournisseurs de soins primaires de s'y retrouver dans le système de santé mentale, dit Dr Permack. La situation est déjà assez difficile pour le patient, mais pour un médecin de famille, il n'est pas facile de savoir vers quels services aiguiller les patients, compte tenu de tous les changements survenus récemment dans ces derniers et des délais d'attente éprouvants. Donc, chaque fois que je vois une patiente ou un patient atteint d'un problème très compliqué, je peux faire appel à une psychiatre et à une conseillère pour discuter des services possibles, y compris ceux dont je ne connaissais même pas l'existence et auxquels je ne peux pas avoir accès sans un soutien spécialisé. »

Dr Randy Goossen s'est installé à Winnipeg en 2003 pour occuper le poste de directeur médical de la santé mentale communautaire dans le cadre du Programme. À l'époque, le gouvernement fédéral finançait des initiatives en santé, de sorte qu'un projet pilote en soins de santé mentale partagés a été lancé à deux endroits, à Transcona et à River East. Une fois le projet pilote terminé, on a demandé aux patients et aux médecins ce qu'ils pensaient de l'efficacité du programme.

Les patients aimaient le fait depouvoir recevoir des soins de santé mentale directement dans leur communauté et les médecins aimaient les résultats, en particulier chez les patients atteints d'anxiété ou de dépression. Les médecins percevaient également que les soins de santé mentale partagés évitaient les admissions en milieu hospitalier ou les rendaient plus dignes et efficaces et évitaient aussi que l'état des patients ne se détériore une fois leur congé de l'hôpital obtenu.

« Au début, quand nous avions cinq ou six conseillers, nous les détachions dans différents centres médicaux où ils pouvaient travailler en collaboration avec les médecins de famille, dit Dr Goossen. Les patients n'avaient pas à se rendre au centre-ville dans une clinique qu'ils ne connaissaient pas, où ils se sentaient souvent l'objet de préjugés en raison de leur problème de santé mentale. »

Aujourd'hui, les 12 psychiatres qui travaillent à temps partiel au Programme effectuent quelque 1 500 consultations par année. La plupart de leurs patients reçoivent par la suite un diagnostic d'anxiété ou de dépression.

« Nous voyons des patients atteints de TOC (trouble obsessionnel compulsif), de TDAH (trouble déficit de l'attention/hyperactivité), de troubles alimentaires, de personnalités multiples et de schizophrénie. Nous voyons également des gens qui ont des attaques de panique ou qui souffrent de TSPD (trouble de stress post-traumatique), dit Dr Goossen. Dans la plupart des cas, toutefois, il s'agit de personnes ayant des troubles d'anxiété ou de dépression. »

Le fournisseur de soins primaires, qu'il s'agisse d'un médecin ou d'un infirmier ou d'une infirmière praticienne, doit recommander les patients au Programme. Les psychiatres et les conseillers évaluent les patients, portent un diagnostic et peuvent recommander une thérapie par la parole ou des médicaments. Les conseillers travaillent avec les patients à l'atteinte d'objectifs à court terme lorsque des progrès importants peuvent être réalisés en six ou huit séances de counseling.

« Un conseiller voudra inciter le patient ou la patiente à se concentrer sur des objectifs à court terme qu'il ou elle voudrait améliorer, dit M. Josephson. Une personne pourrait avoir besoin d'aide pour apprendre à maîtriser ses émotions ou à gérer ses attaques de panique ou son anxiété. Le conseiller travaillerait avec lui ou elle à préciser ses objectifs concernant les changements qu'il ou elle souhaite apporter. »

Les 20 conseillers auront jusqu'à 9 000 rencontres par année avec des patients, principalement au cours de séances à court terme. Ils peuvent également aiguiller des personnes vers du counseling à long terme, d'autres ressources communautaires appropriées ou des soins aigus.

« Nos psychiatres et conseillers aident les médecins et les infirmiers et infirmières à s'y retrouver dans ce qui peut être un système de soins de santé mentale très déroutant, dit M. Josephson. Idéalement, nos gens organiseront une rencontre avec le médecin ou l'infirmier et l'infirmière avant de voir le patient, et l'informeront ensuite de ce qu'il convient de faire comme traitement ou besoin en médicaments. »

Sheila Korban est conseillère en soins de santé mentale partagés depuis le début du programme. Elle travaille actuellement au centre ACCÈS River East et fait partie de l'équipe des soins primaires de ce centre.

« Généralement, dans une journée, je vois un nouveau client et jusqu'à quatre qui n'en sont pas à leur première rencontre », dit-elle. Les gens viennent me voir pour mieux comprendre leurs problèmes de santé mentale et ce qu'ils peuvent faire pour les résoudre . Ils comprennent mieux pourquoi ils éprouvent des difficultés et sont ensuite motivés à apporter des changements dans leur vie. »

Une grande partie de son travail consiste à aider les gens à composer avec l'anxiété, dit-elle, ajoutant qu'elle utilise différentes thérapies pour les aider à reconnaître les comportements répétitifs. « Nous regardons ensemble ce qui est susceptible de les bloquer et comment résoudre la situation », dit-elle.

Elle se retrouve souvent, dit Mme Korban, à aider les gens à résoudre des difficultés au travail, dans leurs relations interpersonnelles et conjugales, des problèmes en tant que parents et des difficultés financières.

« Je peux faire beaucoup en six semaines », dit-elle, ajoutant qu'en réussissant à cerner un problème tôt dans les séances de thérapie, il est possible d'empêcher la santé mentale d'une personne de se détériorer.

Mme Korban collabore avec une psychiatre au centre ACCÈS River East pour aider les patients à éclaircir leurs préoccupations en santé mentale, en particulier s'il leur serait bénéfique de prendre des médicaments et à quel moment.

Photo of Joanne Klassen and Dr. Sheldon Permack
La conseillère Joanne Klassen (gauche) travaille au cabinet de médecine familiale du Dr Sheldon Permack.

« Comme elle est ici seulement une journée toutes les deux semaines, une partie de mon travail consiste à faire la liaison entre elle et les fournisseurs de soins primaires du centre médical. Je peux communiquer l'information aux uns comme aux autres », dit Mme Korban.

La psychiatre du centre ACCÈS River East se rend également au cabinet du Dr Permack une fois par mois, tandis que la conseillère Joanne Klassen y travaille une journée par semaine. Dr Permack dit qu'il utilise beaucoup moins souvent son carnet d'ordonnances depuis qu'il a commencé à travailler avec la psychiatre et la conseillère.

« Elles me rappellent les autres solutions à ma disposition pour traiter des patients et de réserver les médicaments aux situations où ils sont véritablement pertinents pour ainsi offrir des thérapies plus scientifiques », dit-il.

Dr Permack peut également faire ce qu'il appelle « une consultation indirecte », c'est-à-dire envoyer des courriels sécurisés à la psychiatre, lui poser des questions sur des complications chez une patiente qu'elle a déjà vue. « Je pourrais lui dire : “J'ai essayé tous les traitements dont nous avons discuté et nous n'avons pas encore atteint notre cible de traitement. Quelle est l'étape suivante?” Elle me répondra rapidement par courriel. », dit-il.

Dr Permack utilise également d'autres services communautaires en santé mentale. « Un médecin de famille a besoin de plusieurs cordes à son arc. C'est mon travail de déceler les patients qui ont le plus besoin de counseling immédiat dans mon cabinet et de trouver un autre moyen de fournir à un patient ou une patiente les soins holistiques dont il ou elle a besoin. »

Il peut s'agir de séances de thérapie de groupe au centre ACCÈS de Fort Garry. Lorsque la psychiatre qui travaille à son cabinet ne peut recevoir le patient ou la patiente, Dr Permack a recours au Service d'accès rapide à une consultation fondée sur l'expertise ou RACE, qui lui permet de parler à un psychiatre au téléphone. Il utilise également le service en ligne eConsult, où un spécialiste répond rapidement à un problème de santé mentale pour éviter les visites à l'urgence ou l'hospitalisation.

« eConsult est un transfert électronique sûr d'information qui accélère les soins et la capacité de traitement. Grâce à ce service, nous pouvons traiter les patients dans leur communauté de sorte qu'ils n'ont pas à s'inscrire sur une longue liste d'attente pour obtenir des traitements ailleurs. »

Selon M. Josephson, la communauté est au cœur du programme des soins de santé mentale partagés.

« Notre modèle de soins est fondé sur les bonnes relations qu'entretiennent les gens avec leur fournisseur de soins primaires. Ils font confiance à leur médecin de sorte que nos conseillers et psychiatres peuvent bâtir sur cette confiance. Le traitement a lieu dans leur propre communauté grâce au regroupement des services. C'est une relation bénéfique pour tous : les patients prennent du mieux et les médecins ou les infirmiers ou infirmières patriciennes approfondissent leurs connaissances sur les soins de santé mentale. »

Dr Permack partage cette conviction.

« Les médecins de famille s'inscrivent aux services de soins de santé mentale partagés parce qu'ils correspondent aux principes de la médecine familiale, dit-il. Ce sont des soins continus dans la communauté. Ces services sont également fondés sur les liens qu'entretiennent les gens et améliorent les compétences des fournisseurs de soins primaires. Le programme des soins de santé mentale partagés répond à tous les critères qui motivent les médecins de famille dans les soins de leurs patients. Ce programme est indéniablement un service précieux. »

Susie Strachan est spécialiste des communications à l'Office régional de la santé de Winnipeg.

Améliorer les soins

Les objectifs du Programme des soins de santé mentale partagés sont les suivants :

  • Meilleur accès aux services de santé mentale
  • Meilleure capacité des fournisseurs de soins primaires de gérer la santé mentale
  • ​ Meilleure communication entre les fournisseurs de soins primaires et les fournisseurs de soins de santé mentale
  • ​ Meilleure compréhension des soins primaires par les fournisseurs de soins de santé mentale