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Le Courant
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Photo of doctors in a hospital corridorLettre de la région
Mettre l'accent
sur la qualité
des soins
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Par Réal Cloutier
Sept./Oct. 2018

Au cours des dernières années, on a beaucoup discuté de la nécessité de créer un système de santé financièrement viable au Manitoba. Traduction : un système capable de fournir des soins de qualité, d'apporter une valeur ajoutée et d'améliorer l'accès - sans faire sauter la banque.

La raison de cet intérêt est évidente : Les coûts des soins de santé au Manitoba ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, dépassant souvent les hausses dans les autres secteurs de dépenses du gouvernement. Par conséquent, les soins de santé demeurent le plus important poste de dépenses gouvernementales et continuent d'imposer une pression sur le budget provincial. Comme d'autres professionnels du réseau de la santé, je pense que nous avons la responsabilité d'améliorer notre système et d'en assurer la viabilité pour les générations futures.

Cependant, même si le problème est évident, une question demeure : comment faut-il le résoudre?

Voilà où les choses se corsent.

Pour certaines personnes, les efforts nécessaires pour mettre en place un « système de soins de santé financièrement viable » signifient devoir réduire la qualité des soins. Ce courant de pensée laisse entendre que le coût d'un service particulier ou d'une intervention est fixe et que la seule variable de l'équation touche la fréquence du service ou de l'intervention. Ainsi, le seul moyen d'économiser consiste à réduire la qualité des services offerts ou le nombre d'interventions.

Cependant, une telle logique laisse penser que nous avons optimisé la valeur de tout ce qui est fait dans notre système de santé. Nous savons que cela n'est pas le cas dans de grandes et complexes organisations. En fait, il est toujours possible d'examiner les économies possibles dans la façon de fournir des services et d'envisager des modèles qui pourraient être moins coûteux et plus appropriés pour les patients.

Le programme Votre chez-vous - notre priorité est un bon exemple. Ce programme, offert dans le cadre d'un partenariat entre la Région, les services de soins à domicile We Care (membre du Groupe Santé CBI) et ParaMed, permet aux patients de quitter l'hôpital plus tôt et, dans certains cas, de retarder leur placement dans un foyer de soins personnels. Ce service permet de libérer des places dans les hôpitaux, soit la plus importante source de dépenses de notre système de santé, et même de réduire le nombre de personnes hébergées dans des foyers de soins personnels, des services plus coûteux que le programme Votre chez-vous - notre priorité. Ces solutions se traduisent par une amélioration des services fournis aux patients en leur offrant des services mieux adaptés à leurs besoins.

Photo of a doctortalking to a patient

Une telle optimisation de la valeur ne représente pas un concept radical. Toutes les organisations qui obtiennent du succès dans le monde, comme Toyota, Apple, Google, la clinique Mayo ou la clinique Cleveland, adoptent des approches similaires. Dans chaque cas, les organisations mettent l'accent sur un point : la production d'un produit ou d'un service de qualité, au plus bas coût possible. Ces organisations mettent invariablement l'accent sur l'amélioration continue.

Pour y arriver, elles consacrent beaucoup de temps à trouver les éléments inefficaces, à perfectionner les processus de fabrication et à réduire le gaspillage. Elles ont aussi des stratégies fructueuses pour amener leur clientèle et leur personnel à participer à leurs activités globales d'amélioration. Ces organisations ne se permettront jamais de compromettre la qualité pour améliorer leurs résultats, car elles connaissent les conséquences à long terme de telles décisions. Voilà le genre de réflexions que nous tentons d'encourager à l'Office régional de la santé de Winnipeg. Nous voulons nous assurer de maximiser l'utilisation de nos ressources en soutenant l'innovation et l'amélioration continue.

Donc, à quoi une telle approche peut bien ressembler dans le milieu de la santé? Le Programme d'imagerie diagnostique de la Région est un bon exemple.

L'automne dernier, on a remarqué qu'un grand nombre de personnes ne se présentaient pas à leurs rendez-vous d'imagerie diagnostique, soit plus de 15 000 rendez-vous manqués en 2015-2016.

Ces absences ont entraîné une perte d'au moins 600 000 $ en ressources, sans compter le dédoublement du travail pour refaire le triage, reprendre des rendez-vous et rappeler les patients qui avaient manqué leurs rendez-vous.

Le personnel de ce programme a remarqué que dans 40 % des cas, les patients n'avaient pas délibérément manqué leur rendez-vous, mais qu'il s'agissait plutôt de lacunes du système. Un cinquième des rendez-vous manqués était attribuable au fait que les médecins traitants avaient présenter deux fois une même demande, 13 % consistaient en des patients qui ignoraient avoir un rendez-vous, 7 % étaient dus au fait que le service concerné n'avait pas reçu ou traité les annulations faites par les patients et 2 % étaient attribuables au fait que le service n'avait pas reçu les annulations faites par les médecins.

Ces problèmes ne sont pas survenus parce que le personnel n'a pas fait son travail, mais plutôt en raison de problèmes de conception de notre système.

Pour corriger ces problèmes, le programme a amélioré ses façons de faire. Une campagne en trois volets a été proposée et mise en place, y compris en désignant « un numéro de télécopieur » pour que les médecins puissent transmettre toutes les demandes de rendez-vous à un service centralisé qui peut ainsi repérer toutes les demandes en double.

Ainsi, des centaines de rendez-vous en double ont été repérés et éliminés. Par exemple, le taux d'absence en imagerie par résonnance magnétique (IRM) est passé de 5,96 % en septembre à 4,96 % en décembre, puis à 4,54 % en juin 2018. Cette diminution représente un rattrapage de 70 rendez-vous d'IRM en moyenne par mois depuis la mise en place de l'initiative. Le Service d'imagerie diagnostique travaille aussi à la réduction des rendez-vous manqués pour des tacographies et des échographies.

Cette initiative est désormais mise en place à l'extérieur de la Région afin de réduire les temps d'attente dans d'autres secteurs de la province.

Un effort visant à améliorer l'expérience vécue par les personnes qui passent une coloscopie est un autre exemple montrant comment l'accent mis sur la qualité peut entraîner une amélioration des soins fournis aux patients et contribuer à réduire les coûts.

Le nouveau site Web www.macoloscopie.ca est un élément clé de l'initiative dirigé par le Dr Harminder Singh, gastroentérologue et directeur de la recherche pour le programme de coloscopie de la Région. Lancé plus tôt cette année, ce site Web vise à fournir de l'information aux patients qui doivent passer une coloscopie afin de réduire leur anxiété et de s'assurer que leur préparation en vue de cette intervention est bien faite.

Comme le Dr Singh l'explique dans un article du présent numéro du Courant, la coloscopie est un outil important pour détecter le cancer du côlon et quelque 30 000 examens sont faits au Manitoba, chaque année.

Toutefois, l'efficacité de cet examen dépend de la propreté de l'intestin. Le patient doit suivre les étapes nécessaires à sa préparation en évitant de manger ou en prenant des préparations pour nettoyer le côlon. Malheureusement, de nombreux patients ne font pas adéquatement leur préparation.

« Plusieurs études montrent que de 10 à 30 % des gens n'ont pas bien nettoyé leur côlon avant la coloscopie, affirme le Dr Singh. Nous voyons des gens qui n'ont fait qu'une partie de la préparation, car ils n'arrivent pas à la tolérer ou parce qu'ils croient qu'ils ont fait une préparation suffisante. »

Bien entendu, cette mauvaise préparation peut entraîner un mauvais diagnostic ou la nécessité de refaire l'examen. Le site Web a été conçu pour fournir aux patients l'information dont ils ont besoin pour bien se préparer. Vous pouvez en apprendre plus sur cette initiative ici.

Le groupe du Dr Singh, qui travaille en étroite collaboration avec le service centralisé d'endoscopie, a plusieurs autres projets en cours afin d'améliorer le parcours des patients. Ces projets incluent la réduction du temps d'attente pour les suivis après le retrait de polypes, des tests sur différentes méthodes de lavage intestinal en vue d'une coloscopie et des initiatives d'évaluation et d'amélioration de la qualité des coloscopies. Les membres du groupe travaillent aussi avec la Région pour améliorer le matériel d'éducation remis aux patients pour d'autres problèmes de santé, comme la maladie inflammatoire chronique de l'intestin, la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde, ainsi que l'anxiété et la dépression chez l'adulte et l'anxiété chez l'enfant.

Voilà seulement deux exemples des mesures novatrices prises par la Région pour améliorer les soins et réduire les coûts. Ces efforts et d'autres dispositions nous permettront de continuer à bâtir un système de santé financièrement viable pour fournir des soins de qualité sans faire sauter la banque. Nous devons poursuivre nos efforts d'amélioration et les intégrer dans notre culture. Nous devons mettre l'accent sur l'amélioration des services aux patients, jour après jour.