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Graphic of a strand of DNAArticle vedette
L'ADN au régime
Un test génétique peut-il aider à faire de
meilleurs choix alimentaires?
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Par Bill Redekop
Été 2018

De nos jours, on peut se faire tester pour tout et n'importe quoi.

Des compagnies peuvent faire des tests génétiques directement pour des clients afin d'identifier des gènes « à risque » qui prédisposent à des maladies comme le cancer du sein, la maladie d'Alzheimer et les troubles cardiovasculaires.

Mais il existe aussi des tests d'ADN pour aider à planifier un régime personnalisé, connaître les risques de dépression et d'obésité ou son type circadien (si la personne est plutôt matinale ou un oiseau de nuit, et comment adapter ses activités en conséquence). D'autres tests peuvent être utiles pour gérer son poids, découvrir son ascendance, détecter les troubles génétiques chez les personnes qui veulent avoir des enfants, confirmer la paternité ou savoir quels sont les exercices ayant un effet optimal pour son type corporel et la capacité du corps à réagir à des médicaments sous ordonnance.

Il suffit d'envoyer un échantillon de salive par la poste à l'une des nouvelles compagnies de séquençage de l'ADN, qui vous retournera les résultats, c'est-à-dire votre profil génétique et ce que cela implique concrètement.

La génomique personnelle, ou génomique du consommateur, connaît une expansion fulgurante, surtout aux États-Unis, avec l'apparition de compagnies comme Orig3n, 23andMe (qui fait des publicités à la télé), DNAFit.com, Exploragen et Genelex.

Mais il est difficile pour le consommateur de s'assurer que les informations génétiques vendues par une entreprise sont véridiques ou s'il s'agit de pure supercherie. Dans un cas publicisé, une compagnie de séquençage génétique a informé un client qu'il était sujet à l'obésité, alors qu'une autre compagnie avait conclu le contraire.

Il est donc rassurant de savoir que le Wellness Institute de l'Hôpital Seven Oaks a fait les recherches de base pour les consommateurs et a établi un partenariat avec une firme de profilage génétique, Nutrigenomix.

Casie Nishi, directrice exécutive du Wellness Institute, soutient que la nutrigénomique, une science émergente dérivée de ce type de génomique, s'inscrit parfaitement dans le mandat de l'Institut en tant que centre d'entraînement physique spécialisé dans le conditionnement et l'éducation de clients atteints de maladies chroniques.

« Nous avons fait beaucoup de recherches, explique Mme Nishi, pour ensuite former un partenariat avec Nutrigenomix (basée à l'Université de Toronto) parce que leurs données probantes sont vraiment crédibles.

Notre équipe de médecins a examiné tous les dossiers et conclu que leurs pratiques (de Nutrigenomix) étaient les meilleures. »

Photo of a woman holding a salad in her lap

Cette collaboration avec Nutrigenomix n'est pas un service diagnostique - c'est-à-dire qu'on ne vous dira pas si vous avez les marqueurs génétiques pour certains cancers ou maladies cardiovasculaires. Elle offre plutôt des recommandations nutritionnelles personnalisées en fonction de votre profil génétique, qui aident à élaborer un plan d'alimentation adapté à votre ADN de façon à en optimiser les bienfaits.

Un exemple simple est la caféine. Selon Santé Canada, la consommation de trois ou quatre tasses de café (jusqu'à 400 mg de caféine.) par jour est sans danger, mais c'est une estimation très générale.

Alors que dit votre ADN?

Le gène CYP1A2 (les noms des gènes sont comme des mots de passe d'ordinateur, avec un ensemble de lettres et de chiffres) contrôle le métabolisme de la caféine dans le foie. Si vous avez la variante GA ou AA du gène, cela signifie que la caféine se dégrade beaucoup plus lentement que la normale dans votre organisme.

Un métabolisme plus lent de la caféine signifie des risques accrus d'hypertension artérielle et de crise cardiaque. Vous devriez donc limiter votre consommation à une ou deux tasses par jour (soit 200 mg de caféine).

Le programme n'est en vigueur que depuis six mois environ, 30 personnes seulement ayant participé à la mi-mai. L'une d'elles est Monalisa Abas, de Winnipeg.

Mme Abas a demandé un séquençage d'ADN pour diverses raisons, mais surtout parce qu'elle se préoccupe de sa santé et qu'elle étudie en biochimie à l'université.

« Je suis très intéressée à la génétique car c'est un domaine connexe à mon champ d'étude, mais aussi parce que je voulais être mieux informée concernant ma santé. Les résultats (de Nutrigenomix), ce n'est pas seulement une opinion sur ma santé. C'est mon portrait génétique, l'image pure et simple de ma constitution, le matériau qui fait ce que je suis. »

Monalisa espère aussi être un exemple pour son père, qui s'intéresse généralement à tout ce qui la concerne.

« S'il voit que j'ai de bons résultats avec un programme, il sera motivé pour embarquer lui aussi, comme faire de l'entraînement. »

Alors si elle adopte de saines habitudes d'alimentation qui conviennent à son profil génétique, son père pourrait faire de même.

Photos of Registered dietitian Jennifer Gashinski and program participant Patti Simko.
Jennifer Gashinski et Patti Simko.

« Je ressemble beaucoup à mon père physiquement et sur le plan de la santé. Alors j'ai fait séquencer mon ADN pour l'inspirer, afin qu'il reste en santé encore de nombreuses années. »

Le programme ne cible pas précisément la perte de poids mais c'est l'un des premiers résultats que Monalisa a constatés en suivant les recommandations nutritionnelles personnalisées. Après un peu plus d'un mois seulement de ce programme, elle a perdu 15 livres (7 kilos).

Nutrigenomix soutient que le profilage génétique peut aider à la perte de poids, mais la compagnie ne fait pas la promotion de cet avantage plus que des autres bienfaits. Cependant, d'autres clients ayant suivi un régime guidé par leur empreinte génétique ont aussi perdu du poids. Un article du Globe and Mail mentionne qu'une dame a perdu 42 livres (19 kilos) en six semaines. Une étude de Consumer Reports révèle aussi que 73 pour cent des participants à un régime alimentaire adapté à leur profil génétique ont perdu du poids après 300 jours, contre 32 pour cent de ceux qui ont suivi un régime d'amaigrissement ordinaire. Les personnes dont la glycémie était élevée et qui ont adopté un régime alimentaire guidé par leur profil génétique avaient également deux fois plus de chances de voir diminuer leur taux de sucre sanguin à un niveau normal. (Les données ne disent pas si ces personnes ont réussi à ne pas reprendre le poids perdu.)

Mme Abas, 21 ans, ne s'est pas inscrite au programme pour maigrir, mais elle a constaté cet effet collatéral.

« J'ai perdu du poids parce que j'ai une saine alimentation. Je consomme les aliments qui conviennent le mieux à ma génétique ».

Monalisa a inscrit plus de légumes au menu , bien sûr, mais elle a éliminé plusieurs aliments, comme les viandes rouges. Elle consomme du poisson trois fois par semaine et au moins deux œufs chaque jour pour obtenir les différents minéraux et vitamines.

La jeune femme a aussi changé sa routine d'entraînement. Le rapport de son profil d'ADN indiquait qu'elle est de type « ultra » sur le plan de la puissance et de la force. « J'ai beaucoup de facilité avec la musculation. J'ai donc changé mon programme d'exercice pour inclure plus de poids et haltères, mais pas exagérément. Je ne fais plus autant de cardio qu'avant. »

Son profil génétique révèle aussi qu'elle est plus sensible au sel de table et serait plus à risque de faire de l'hypertension.

«Quand je mange salé, ce qui m'arrive souvent parce que j'adore les aliments salés, je remarque que mes doigts enflent vraiment beaucoup. Je fais de la rétention d'eau. »

Elle a aussi appris qu'elle était à risque de développer une intolérance au lactose. Elle s'en doutait depuis un certain temps. (Cela ne veut pas dire qu'elle est effectivement intolérante au lactose, car le test d'ADN n'a pas d'intention diagnostique, mais ses gènes indiquent que le risque est plus élevé pour elle, et qu'elle pourrait bien être déjà intolérante à cette substance.) Donc elle limite sa consommation de produits laitiers.

Selon ses résultats de tests, elle courrait un risque accru de déficience en vitamines A et D si elle n'en consomme pas assez. La vitamine A est décomposée par l'enzyme contrôlé par le gène BCMO1. Les personnes qui présentent la variante GG du BCMO1, comme Monalisa, ont de la difficulté à convertir le bétacarotène (la forme végétale de la vitamine A). Elle a donc commencé à prendre des multivitamines comme supplément à son alimentation pour s'assurer d'avoir l'apport quotidien recommandé.

Dans le cadre du programme, une diététiste du Wellness Institute a examiné ses résultats et a recommandé des stratégies alimentaires convenant davantage à son empreinte génétique.

Patti Simko est une autre participante au programme. Ne sachant pas qu'elle était prédisposée à des troubles cardiaques, elle a fait un infarctus massif du myocarde à 50 ans, même si elle faisait régulièrement de l'exercice et avait de bonnes habitudes alimentaires. Elle s'est inscrite au programme de Nutrigenomix pour prévenir de futurs troubles cardiaques.

Il a fallu cinq semaines pour recevoir les résultats des tests sur sa salive. Elle a ensuite passé une heure avec la diététiste pour consulter les 45 pages du rapport, indiquant son degré d'assimilation des divers minéraux et vitamines.

Tout comme Monalisa Abas, Patti est dans le groupe des vingt pour cent de gens qui ne transforment pas très bien le bétacarotène en sa forme active, la vitamine A. Cette vitamine est importante pour des fonctions telles que la vision, le système immunitaire et la reproduction.

Photo of fatty foods

« Je trouvais cela logique parce que ma vue a changé rapidement depuis cinq ans », explique Mme Simko.

Elle a également appris qu'elle devait consommer des protéines à chaque repas pour maintenir un niveau normal de fer sanguin, ce qu'elle fait maintenant, avec d'autres améliorations à son alimentation. Et elle a observé de grands changements, affirmant qu'elle a beaucoup plus d'énergie.

Elle dresse un bilan très positif de son expérience dans ce programme. « Je connais mieux mon corps et le rôle de certains aliments pour ma santé générale. »

Nutrigenomix peut aussi identifier la variante du gène APOA2, qui contrôle la production de la protéine responsable de la transformation des différents gras par l'organisme. Selon la variante de ce gène, on peut avoir un risque accru d'obésité avec une alimentation riche en gras saturés. Les personnes qui ont la variante TT ou TC de ce gène sont chanceuses, car ce risque est dans la normale. Mais les gens qui présentent la variante CC du gène sont plus sujets à l'obésité et devraient s'assurer de garder leur taux de consommation de gras saturés à moins de 10 pour cent de leur consommation, tout comme la population en général.

Nutrigenomix est une jeune entreprise de biotechnologie basée à l'Université de Toronto qui travaille avec des professionnels de la santé et leurs clients en vue de fournir un séquençage génétique fiable. Fondée en 2012, elle teste 45 gènes différents et offre ses services dans 22 pays présentement, selon son site Web, ses rapports de profil d'ADN étant traduits en sept langues.

Jennifer Gashinski est la diététiste du Wellness Institute et reçoit des clients en consultation, les aidant à interpréter les résultats du test en termes significatifs pour qu'ils puissent améliorer leurs habitudes alimentaires. Elle explique que les gens font faire leur séquençage d'd'ADN pour différentes raisons.

Certains sont en santé, comme Monalisa Abas et veulent le rester, tandis que d'autres comme Patti Simko ont reçu un diagnostic de maladie chronique et veulent empêcher que leur santé ne se dégrade. Il y en a qui se font tester par curiosité et d'autres qui sont intéressés par la possibilité de perdre du poids.

Certains participants ne sont pas surpris de leurs résultats de profilage génétique, comme Monalisa, qui doit faire attention au sel, mais d'autres en sont vraiment étonnés.

« On veut savoir ce qui se passe à l'intérieur de l'organisme, à notre insu » explique Jennifer Gashinski.

Ce qui compte, c'est comment les personnes réagiront à leurs résultats de test d'ADN. Les gens savent qu'ils doivent consommer des légumes et éviter de grignoter entre les repas, mais changeront-ils leurs habitudes pour autant? S'ils ne suivent pas les conseils de leur médecin, écouteront-ils ce que leur ADN et leur diététiste leur recommandent?

D'après l'expérience de Mme Gashinski jusqu'à présent, le profilage d'ADN semble ajouter de la crédibilité aux recommandations en matière de régime alimentaire. C'est peut-être comme l'un de ces panneaux de radar qui montrent votre vitesse à mesure que vous approchez d'un chantier de construction. Les gens ont tendance à ralentir pour atteindre la limite de vitesse spécifiée quand leur propre vitesse est affichée en temps réel.

« Les personnes qui demandent un test d'ADN semblent être plus motivées à apporter des changements dans leurs habitudes de vie, explique Jennifer. C'est motivant de savoir comment nos gènes réagissent en présence de divers nutriments. Certaines études révèlent que cela aide vraiment les gens à changer leurs habitudes quand ils savent que c'est la bonne chose à faire compte tenu de leur constitution génétique. »

Les personnes qui ont déjà consulté une diététiste savent qu'une consultation personnelle peut avoir une influence très durable comparativement aux informations obtenues dans des émissions télévisées ou des magazines comme Le Courant, ou même d'un médecin. Les diététistes sont des spécialistes reconnus de la nutrition. Maintenant, imaginez qu'une diététiste ait votre empreinte génétique; elle dispose d'un autre outil majeur pour établir un programme alimentaire sur mesure pour vous.

Selon Mme Nishi, directrice exécutive. « Notre façon de voir le profilage d'ADN au Wellness est que c'est un argument de plus pour motiver les gens, et qu'il aide à souligner l'importance d'améliorer les choses car ce sont les deux piliers du changement de comportement. »

Le test d'ADN « me motive encore plus, affirme Monalisa Abas. Ce n'est pas pour cela que j'ai perdu du poids, mais plutôt à cause des choix que je fais. Le test m'a simplement fourni les connaissances qui m'aident à faire de meilleurs choix. »

Le coût des tests de séquençage général est élevé. Pour avoir les services de séquençage de Nutrigenomix, il faut débourser 500 $, ce qui inclut le suivi d'une heure auprès d'une diététiste. C'est un tarif au prix coûtant pour le Wellness Institute, une fois que les frais de la compagnie sont acquittés, qui couvre les frais généraux de l'Institut et le salaire de la diététiste, précise Mme Nishi.

Le remboursement de ces frais varie entre les diverses compagnies d'assurance santé privées. Certaines personnes réussiront à se faire rembourser la majorité ou la totalité des coûts par leur assurance santé et/ou un compte d'épargne santé, mais c'est rare. Le plus souvent, les polices d'assurance santé privées couvriront 80 pour cent des frais de diététiste, soit au total entre 155 $ et 500 $.

Bien entendu, les gens qui recherchent une option plus abordable pour obtenir des conseils en nutrition peuvent s'informer sur les programmes de saine alimentation offerts par le Wellness Institute ou l'un des autres centres de santé de la ville. Évidemment, on peut aussi suivre les recommandations du Bien manger avec le Guide alimentaire canadien, qui présente les grandes lignes d'une alimentation santé.

Quoi qu'il en soit, Mme Nishi pense que les tests d'ADN sont là pour rester, et qu'ils joueront un rôle de plus en plus important dans la gestion de la santé à l'avenir. « Je pense que ce domaine est en pleine croissance. On constate un intérêt grandissant pour la génétique et les effets qu'elle peut avoir sur la santé, » assure-t-elle.

Les participants comme Mme Abas sont bien d'accord.

« C'est assez dispendieux, ce qui est dommage », confie Monalisa au sujet du programme de Nutrigenomix. « Mais c'est tellement génial d'avoir son empreinte génétique; on peut vraiment savoir à quoi on est vulnérable d'après la façon dont notre corps est programmé. »

Bill Redekop est un rédacteur de Winnipeg.