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Ouvrir les cœurs
et les esprits

L'engagement de la région à fournir des soins
adaptés à la culture des patients Autochtones
et de leurs familles
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Par Mike Daly
Mai/Juin 2018

Aussi efficace et utile qu'il soit, un programme de formation peut parfois être aride.

Ce n'est toutefois pas le cas en ce qui concerne le programme de formation sur la culture autochtone intitulé Manitoba Indigenous Cultural Safety Training (MICST) qui est offert au personnel de l'Office régional de la santé de Winnipeg.

En parlant à quiconque a suivi ce programme de formation, on constate immédiatement que les gens sont profondément marqués par l'expérience.

« En suivant la formation, j'ai appris beaucoup de choses », affirme Molly Blake, directrice du programme de prévention et de contrôle des infections pour la Région.

« Le programme m'a ouvert les yeux, et le cœur. À quelques occasions, j'ai dû m'arrêter et m'éloigner pour sécher mes larmes. Ça fait vraiment réfléchir. »

Molly Blake fait partie des quelque 650 fournisseurs de soins de santé de la Région qui ont suivi le programme MICST depuis sa mise en place, à la fin de 2016, dans la foulée des appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Photo of Kandice Léonard
Kandice Léonard affirme que le personnel bénéficiera du programme de formation sur la sécurité
culturelle de la région.

Dirigée par le sénateur du Manitoba, Murray Sinclair, la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a été établie pour fournir à la population du Canada de l'information sur l'histoire des pensionnats autochtones au Canada et sur leurs effets sur les peuples autochtones. Dans son rapport final, la CVR a lancé 94 « appels à l'action » auprès de la communauté pour aider à guérir les blessures laissées par l'histoire, y compris plusieurs liées à la prestation de soins de santé.

Le programme MICST est une réponse directe à la recommandation no 23 du rapport qui souligne la nécessité pour les professionnels de la santé de suivre un programme de formation sur le savoir-faire culturel.

« La Région s'engage à mettre en place des initiatives pour s'assurer que les patients et leurs familles sont toujours traités avec respect et dignité et reçoivent des soins équitables, explique Kandice Léonard, directrice régionale de la santé autochtone pour la Région. « Le programme de formation et d'éducation améliore notre capacité à fournir des soins conformes à la culture des patients autochtones et de leurs familles. »

Offert à tous les professionnels de la santé qui travaillent dans la Région ou dans l'un des programmes ou organismes qu'elle finance, le MICST est un programme de formation assisté qui se donne en ligne durant une période de huit semaines. En moyenne, les participants prennent de huit à 10 heures durant ces huit semaines pour terminer le programme, en fonction de leur rythme et de leurs disponibilités. La formation comprend un forum de discussion et un journal pour permettre aux participants de communiquer avec les animateurs et les autres participants pour :

  • Explorer leurs propres préjugés culturels, leurs croyances et leurs opinions en ce qui concerne les Autochtones.
  • Apprendre le concept de la culture, ainsi que la diversité culturelle des peuples autochtones, ainsi que le contexte et l'héritage de la colonisation.
  • Mieux comprendre les disparités en matière de santé chez les Autochtones, y compris les déterminants sociaux de la santé qui concernent les Autochtones et l'importance de la conformité culturelle pour réduire les disparités en matière de santé.
  • Mieux comprendre le rôle potentiel de la culture et de la guérison des Autochtones dans les soins aux patients.

Molly Blake dit qu'il serait impossible de travailler pour la Région et de ne pas bénéficier du programme de formation sur la conformité culturelle. « La conformité culturelle a des impacts directs sur notre travail, peu importe l'emploi que nous occupons dans la Région, dit-elle. Je ne sais pas comment on pourrait suivre ce programme de formation sans en ressentir les effets positifs au travail. » Molly Blake dit s'être inscrite à la formation en ayant de l'empathie pour les Autochtones qui ont subi du racisme. Néanmoins, elle dit avoir été surprise d'avoir appris autant.

« En grandissant, on entend parler de la longue histoire de mauvais traitements et de racisme dont ont été victimes des membres des communautés autochtones. On entend parler des pensionnats autochtones, mais pas avec autant de détails que dans la formation. C'est une véritable prise de conscience lorsque l'on découvre que l'on ignorait tout de ce que l'on pensait connaître. »

Molly Blake a été impressionnée par l'histoire et l'information présentées, mais l'a été encore plus par les histoires racontées par les gens qui les ont vécues. « Ça rend les choses très personnelles et percutantes, car elles sont racontées directement par les personnes qui les ont vécues. Ces personnes nous disent, voici ce qui est arrivé à ma famille, à mes parents, à ma tante, à mon oncle. » Ces histoires deviennent plus réelles et évocatrices. »

« Il ne s'agit pas d'humilier les gens pour les torts du passé, ajoute Mme Blake. Il s'agit plutôt de dire : voici la vérité, voici la réalité de notre histoire. Voilà ce que ça signifie et voilà pourquoi vous devez réfléchir avant de parler et d'agir. J'ai vraiment beaucoup appris dans cette formation. »

C'est une opinion partagée par Sharon Kuropatwa, directrice de l'aide au logement et des services d'intégration, et directrice communautaire du secteur centre-ville-Point Douglas pour la Région. Elle revient brièvement sur la formation qu'elle a reçue.

« C'est le meilleur programme de formation que j'ai eu l'occasion de suivre, dit-elle. Je considère que je ne suis pas du tout raciste et je suis fière d'avoir un long parcours de travail communautaire, mais certaines choses que j'ai apprises durant la formation m'ont fait réfléchir. Je ne réalisais pas comment certaines choses peuvent être vécues. »

D'après Sharon Kuropatwa, le contenu multimédia du programme de formation est un excellent moyen de présenter aux participants le concept de la conformité culturelle. Selon le matériel didactique, il faut élargir le concept de la compréhension culturelle pour analyser les déséquilibres de pouvoir, la discrimination institutionnelle, la colonisation et les relations coloniales, dans la mesure où ils s'appliquent à la prestation des services et s'y répercutent. Dans ce contexte, la conformité culturelle signifie de fournir des services qui démontrent le respect de la culture et de l'identité, tiennent compte des besoins et des droits de la personne et sont exempts de discrimination, un aspect qui, de l'avis de Sharon Kuropatwa, doit absolument être compris par tout le monde dans la Région.

« Il est juste de dire qu'il y a du racisme systémique à l'intérieur de nos systèmes, mentionne-t-elle. Je ne pense pas que les gens sont intentionnellement racistes, mais je crois que nous fonctionnons dans un système qui permet des faux pas en ce qui concerne la façon de travailler avec cette population. Comme le système n'est pas conçu pour refléter les besoins de la population autochtone en matière de prestation de services, il crée un racisme inhérent dans lequel il est facile de tomber si on ne prend pas le temps de se poser des questions importantes et de remettre en question certaines idées reçues. Voilà ce que ce programme de formation nous aide à faire. Il nous sensibilise à ce genre de situations. »

Sharon Kuropatwa croit qu'un tel programme de formation est nécessaire au Manitoba.

« La population autochtone, qui selon les statistiques représente une personne sur six au Manitoba, a été systématisée. Nous nous sommes assurés, avec les pensionnats autochtones et les réserves, que cette population se trouve à l'écart du reste de la société, dit-elle. Depuis les dernières années, et à la suite de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, il n'y a plus de volonté systémique de perpétuer une telle situation. »

C'est ici qu'entre en jeu la possibilité d'apporter des changements positifs dans nos façons de faire, ajoute-t-elle.

« C'est ma communauté. Je veux qu'elle soit inclusive. Je veux qu'elle reflète tout le monde, dit Sharon Kuropatwa. Imaginez la force et la contribution de ce pourcentage de la population si nous arrivons à travailler à l'unisson pour avoir de réelles opportunités et mettre en place des manières d'être et des modes de connaissances dans le respect de la culture. Je pense que nous en serions tous gagnants. Dans le système de soins de santé, nous avons le privilège de pouvoir rétablir les liens et la confiance entre la communauté autochtone et nous. Le changement doit se faire à l'échelle individuelle, car c'est ainsi que nous allons éclairer et révolutionner éventuellement le système. »

Le programme de formation MICST représente une étape importante pour atteindre ce but, dit-elle.

« Qu'est-ce que je dois faire, que je ne fasse pas déjà, pour ne pas risquer involontairement de manquer de respect à un client autochtone, de raviver un traumatisme ou d'agir comme un élément déclencheur? Cette formation atteint vraiment ce but. Elle nous présente la prochaine étape pour l'exercice de notre travail. »

Le personnel et les partenaires de la Région sont encouragés à suivre ce programme de formation, mais doivent recevoir l'autorisation de leurs gestionnaires ou de la direction pour le faire. Tous les gestionnaires sont invités à suivre le programme, à désigner les membres de leur personnel qui pourraient bénéficier de la formation et à autoriser leur participation.

Cliquez ici pour télécharger un formulaire de demande d'inscription. Les formulaires peuvent être transmis par courriel à l'adresse IndigenousHealthMICST@wrha.mb.ca. Lorsque nous recevrons votre demande, nous vous ferons parvenir une confirmation et des directives pour l'inscription.

Mike Daly est spécialiste des communications à l'Office régional de la santé de Winnipeg.