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Photo of a student doing school workArticle-vedette
Les faits
sur PAX

Un chercheur de Winnipeg étudie la mise en application d'un programme scolaire conçu
pour aider à protéger les jeunes contre l'intimidation, la toxicomanie et le suicide
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Par Bob Armstrong
Photo : Marianne Helm

Nov./Déc. 2017

Toute la classe de 3e et 4e année à l'école Prairie Rose, dans le secteur nord-ouest de Winnipeg, se concentre sur ses devoirs, puis la douce musique de l'harmonica d'Andrew Young attire l'attention des élèves.

« Wow, c'était formidable! », dit l'enseignant à ses élèves. « Excellent travail. »

Pas étonnant qu'Andrew soit enchanté. Depuis une vingtaine de minutes, ses jeunes se comportent comme des élèves modèles, travaillant à leurs devoirs de lecture et d'écriture sans distraire ni déranger les autres, comme c'est souvent le cas dans des classes du primaire.

C'est pourquoi la classe aura deux pauses amusantes : pendant une minute ou deux, les élèves pourront jouer à Graveyard - un concours au sol où les jeunes essaient de faire rigoler leurs camarades. Cette pause est suivie d'une mini-fête où les élèves dansent en mimant deux personnages d'une animation projetée au mur, au son d'une musique entraînante.

Depeng Jiang
Depeng Jiang

Les enfants adorent ces pauses. Ils se séparent en deux équipes, garçons et filles, et essaient pendant quelques minutes de faire la danse la plus amusante.

Pour l'observateur ordinaire, l'idée d'utiliser du temps de classe pour une activité physique rapide peut ne représenter qu'une bonne façon pour un enseignant d'ajouter du plaisir à la routine en classe. Mais cette activité est bien plus bénéfique qu'il n'y paraît.

De fait, Andrew Young et ses élèves participent à un jeu de bon comportement (Good Behaviour Game) du programme PAX. Mis au point par le PAXIS Institute d'Arizona, ce jeu est un élément d'une stratégie complète en santé mentale comportant un certain nombre d'autres pratiques fondées sur des preuves scientifiques, aussi connues sous le nom de noyaux ou kernels.

Ensemble, les composantes de cette stratégie ont pour but d'aider les élèves à apprendre à maîtriser leur comportement et à collaborer avec les autres dans « la paix, la productivité, la santé et le bonheur ».

Les défenseurs de la santé chez l'enfant et les éducateurs disent que le programme a un autre effet parallèle : il fournit aux élèves les outils nécessaires pour éviter divers problèmes de santé mentale, comme l'intimidation, la toxicomanie et même le suicide.

« Ce qu'on peut voir dans la classe, c'est que les enfants maîtrisent mieux leurs émotions et leur comportement. »

Il va sans dire qu'une activité de classe qui peut s'attaquer à des problèmes de ce genre attire l'attention des décideurs politiques, et qu'elle soulève bien des questions.

C'est un chercheur de Winnipeg, Depeng Jiang, qui tente de trouver les réponses.

M. Jiang est biostatisticien au George & Fay Yee Centre for Healthcare Innovation, et professeur associé en biostatistiques au département des sciences de la santé communautaire à la Faculté des sciences de la santé de l'Université du Manitoba. Avec son équipe de recherche, il en est à sa troisième année d'une vaste étude sur le PAX. Leur travail consiste à analyser son efficacité et à déterminer si l'on peut encore en améliorer l'application.

A student works on an assignment during class
Le jeu du bon comportement PAX aide à
diminuer les distractions pour les élèves.

Comme ce programme est très prometteur, le travail de Jiang et de ses collègues revêt une importance capitale. Pour financer l'étude au départ, l'équipe a reçu de Recherche Manitoba une subvention de 200 000 $ sur deux ans pour la recherche en services de santé appliqués; cette subvention vise à soutenir les collaborations entre les responsables des politiques, les fournisseurs de services et les chercheurs intéressés à unir leurs efforts pour résoudre les enjeux liés au système de santé. Recherche Manitoba travaille en partenariat avec Santé Manitoba, les offices régionaux de la santé et le George & Fay Yee Centre for Healthcare Innovation afin d'appuyer les recherches en services de santé appliqués. M. Jiang et son équipe ont aussi reçu récemment une subvention de 100 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada, qui lui permettra d'élargir leur étude et d'élaborer les méthodes statistiques nécessaires pour analyser les données.

Le programme PAX a suscité l'intérêt au Manitoba pour la première fois en 2011, quand il a été proposé aux élèves de la Division scolaire de la Rivière Seine; c'était dans le cadre d'un projet pilote parrainé par Enfants en santé Manitoba, la stratégie gouvernementale interministérielle axée sur les enfants et les familles. Depuis lors, le programme a été mis en place dans plus de 250 écoles élémentaires de la province.

Le fondement du PAX est un processus centré sur la création par les élèves d'une vision pour la classe. Cette vision consiste essentiellement en une carte avec des mots correspondant aux comportements que les enfants aimeraient voir plus souvent, ou voir disparaître, dans la classe.

A student works on a word game during class
Une élève se concentre sur un jeu de mots.

La vision indique comment utiliser tous les noyaux (kernels) prévus au programme, y compris le jeu du bon comportement qu'Andrew Young applique dans sa classe. Dans ce jeu, on utilise un vocabulaire unique de mots inventés, des signaux visuels et audio et une série de pauses avec des activités de motivation qui incitent les jeunes à atteindre leur vision. Ainsi, au lieu de passer la journée à demander aux enfants d'arrêter de déranger les autres, le jeu les encourage à faire des choses productives et à collaborer ensemble. Au lieu de qualifier certains comportements de mauvais ou de bons, on dit qu'ils sont « spames (spleems en anglais) » ou bien « PAX ».

Avant de commencer le jeu, l'enseignant révise la carte de la vision avec les élèves pour leur rappeler quelles actions seraient spames (crier, parler en même temps que le professeur, bousculer un camarade) et quelles actions seraient PAX (se concentrer sur son travail, être respectueux, partager).

Le jeu se déroule pendant que les enfants font une autre activité de classe : lecture silencieuse, dessin ou discussion en groupe, par exemple. Après un certain temps, si le groupe n'a eu que trois spames, il pourra avoir une « pause action-chrono » - qui peut être simplement une bonne rigolade en groupe ou une courte danse.

Cela peut paraître simplet, mais ça marche!

« La différence entre l'étude Manitobaine du PAX et les autres études du programme, c'est que nous détenons une énorme quantité de données démographiques.

L'Institut PAXIS affirme que ce jeu montre aux jeunes à se maîtriser (s'autogérer), ce qui rehausse le niveau d'attention et diminue l'impulsivité. Selon les données fournies par l'Institut, le développement des habiletés d'autogestion sociale et émotionnelle est important pour la santé physique et mentale de l'enfant durant toute sa vie, mais aussi pour sa réussite dans ses études et plus tard sur le plan financier. L'étude affirme aussi que le développement de ces habiletés peut aider à diminuer les risques de problèmes mentaux et psychiatriques chez l'enfant, y compris les idées suicidaires et les tentatives de suicide, tout en aidant à prévenir la toxicomanie, l'intimidation, la violence et le crime jusqu'à l'âge de 21 ans et après.

Selon M. Young, qui l'utilise dans sa classe depuis plusieurs années, ce programme aide à montrer aux enfants à se maîtriser. « Le programme PAX est très important pour moi et mes élèves. Je pense qu'ils apprennent vraiment à mieux contrôler leurs émotions et leurs sentiments en revenant au calme après avoir été excités. Cela leur donne aussi la chance de se lever de leur chaise et de bouger en faisant quelque chose d'agréable. »

Eknoor Gill est un élève de l'école Prairie Rose et trouve aussi que le programme est vraiment plaisant; tout comme les autres élèves, il aime faire une pause active à la fin d'un jeu PAX. « Le jeu nous aide à nous calmer, sinon on n'aurait pas de pause pour se dégourdir. »

Eknoor aime aussi le PAX pour les « totes » (au lieu de notes), qui sont simplement des billets que les élèves s'écrivent l'un à l'autre quand ils trouvent que leur camarade a fait un PAX (une bonne chose). Ces notes peuvent encourager des amitiés entre les jeunes. « C'est bien de recevoir une tote parce que ça nous donne le goût de faire quelque chose encore mieux », ajoute Eknoor.

Leanne Boyd, directrice du développement, de la recherche et de l'évaluation des politiques pour Enfants en santé Manitoba, considère que l'un des aspects les plus efficaces du programme est qu'il permet aux enfants d'être en contrôle du jeu.

« Ce qu'on peut voir dans la classe, c'est que les enfants maîtrisent mieux leurs émotions et leur comportement. Ils ont le sourire aux lèvres. Ils sont les agents de leur propre changement. »

Students play a game of Graveyard after carrying out their assignments during a reading and writing class
Les élèves jouent au jeu de Graveyard après
avoir fait leurs devoirs de lecture et
d'écriture en classe.

Des recherches universitaires menées sur le programme sont également très positives. Une étude réalisée dans l'État de Washington indique que chaque dollar investi pour le programme PAX dans les écoles a généré environ 65 $ en économies sur les systèmes de santé, d'éducation et de services sociaux. Le programme est aussi reconnu par l'Institute of Medicine pour sa capacité à réduire les pensées suicidaires et les tentatives de suicide à tous les âges.

De fait, le jeu du bon comportement PAX a été salué dans le Report on the Prevention of Mental, Emotional, and Behavioural Disorders (2009) de l'Institute of Medicine comme étant la stratégie de prévention la plus fiable dans la pratique individuelle des enseignants.

Les résultats de ces études sont similaires à ceux d'examens à petite échelle menés initialement suivant la mise en œuvre du programme PAX au Manitoba.

Par exemple, une étude a montré que le nombre moyen de spames dans une classe PAX a diminué de 11 à six. D'après un essai contrôlé randomisé fait par Enfants en santé Manitoba, les enfants qui sont dans une classe PAX ont beaucoup moins de problèmes de conduite (comme l'intimidation) et de troubles émotionnels (comme se sentir anxieux ou déprimé). Ils présentent également un comportement plus sociable, comme de partager ou d'aider les autres.

Après trois semaines, explique Mme Boyd, les comportements « hors tâche » ont diminué de 40 pour cent, soit l'équivalent de récupérer une heure de temps d'enseignement par jour.

Avec des résultats initiaux aussi positifs, Depeng Jiang s'est vu demander de pousser encore plus loin sa recherche.

Ainsi, son équipe et lui ont passé les deux dernières années à suivre statistiquement une cohorte d'environ 5000 enfants qui ont participé au programme PAX depuis leur arrivée en première année durant l'année scolaire 2011-2012.

Les premiers constats de l'étude sont assez intéressants. Selon les résultats de l'analyse préliminaire, on apprend notamment que le PAX aide les enfants à développer leurs habiletés en communication et en résolution de problèmes. Et il semble que le programme soit bénéfique pour les enfants « à risque modéré » - pas seulement pour les jeunes à risque élevé. Toutefois, ces bénéfices ne sont peut-être pas répartis également, En effet, parmi les enfants à haut risque, le PAX semble profiter davantage aux garçons qu'aux filles.

Andrew Young
L'enseignant Andrew Young dit que le
programme PAX a fait une grande
différence dans sa classe.

Dans le prolongement de leurs recherches cette année, Jiang et son équipe ont examiné les données de tous les enfants de la province qui ont terminé leur 5e année et comparé divers indicateurs de santé chez ceux qui ont participé au programme par rapport à ceux qui n'y étaient pas inscrits. Les résultats de cette étude seront publiés sous peu.

Depeng Jiang prévoit que l'étude menée à la grandeur du Manitoba fournira une base de données de référence plus importante et davantage de capacité d'extraire et de compiler les informations révélatrices illustrant l'incidence du programme.

« La différence entre l'étude manitobaine du PAX et les autres études du programme, c'est que nous détenons une énorme quantité de données démographiques », explique M. Jiang.

Bien entendu, les données seules ne disent pas grand-chose. C'est le travail de Jiang en tant que biostatisticien de développer les instruments analytiques permettant de comprendre la signification de ces nombres. Une partie du travail du chercheur et de son équipe est donc de trouver des façons de décomposer ou de répartir en grappes les données portant sur un grand nombre d'enfants afin de voir l'efficacité du programme au niveau individuel - et pas seulement pour la moyenne des enfants.

Cette répartition des données est particulièrement précieuse dans l'étude de programmes comme le PAX offerts aux écoles de toute la province, au centre-ville comme dans les banlieues, dans les écoles de Premières Nations et les colonies huttériennes, ainsi qu'à 21 000 élèves de tous les horizons culturels, sociaux et économiques.

En général, la recherche statistique comme celle-ci serait axée sur les différentes variables qui semblent mener à différents résultats dans les données agrégées portant sur toute la population étudiée. Pour cette recherche, M. Jiang et ses collègues utilisent une « approche centrée sur la personne », essayant de dégager des tendances ou des profils de réponse parmi différents groupes d'enfants. « Cette approche aide les chercheurs à déterminer les strates de populations pour qui les interventions ont un niveau d'efficacité différent ».

Le PAX n'est pas le seul programme comportemental analysé par M. Jiang. Le chercheur travaille présentement à un projet échelonné sur cinq ans pour Sécurité publique Canada, avec pour mandat d'évaluer un programme de santé mentale pour les enfants à très haut risque à Kenora.

Il utilise un programme mis au point en 1985 par le Child Development Institute de Toronto appelé SNAP, pour Stop Now and Plan (arrête maintenant et planifie). Le SNAP a été développé pour les garçons de moins de 12 ans ayant connu des démêlés avec la justice. Depuis lors, le SNAP a évolué pour offrir des programmes spécifiques aux garçons et aux filles âgés de six à onze ans, et de 12 à 17 ans. Il montre aux jeunes à gérer leurs émotions afin de les aider à prendre de meilleures décisions, les encourageant à rester aux études et à éviter les ennuis.

M. Jiang travaille également au Projet 11, un programme en santé mentale pour les enfants de la 5e à la 8e année, créé en l'honneur de Rick Rypien, ancien joueur de hockey des Jets de Winnipeg et des Moose du Manitoba, qui portait le chandail numéro 11. Le programme, développé et coordonné par la Fondation True North, a pour but d'aider les enfants à bâtir un sentiment d'appartenance à leur classe en tant qu'équipe, et d'améliorer leur capacité à créer des liens et à ressentir de l'empathie les uns envers les autres. Il encourage également la forme physique et le rendement scolaire.

Bob Armstrong est un rédacteur de Winnipeg.

Des enseignants parlent du PAX

Vous pouvez visionner une vidéo sur le jeu du bon comportement de PAX au http://www.gov.mb.ca/healthychild/pax/index.fr.html

Au sujet de Recherche Manitoba

Recherche Manitoba est un organisme qui fournit une aide financière à la recherche scientifique dans la province.

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Recherche Manitoba remplit ce mandat au moyen d'une variété de subventions et de programmes visant à appuyer les nouveaux chercheurs et les chercheurs en milieu de carrière. De plus, Recherche Manitoba fournit une aide salariale pour les stagiaires grâce à divers partenariats et bourses d'études.

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